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Texte: L'intrus

Lecture et genèse

· fiction,histoire,podcast,suspense,méthode

Comme je vous l’ai expliqué dans l’épisode deux, autour du texte intitulé « Silence », je lis mes textes (même mes romans) à voix haute, avant publication. Cela permet de repérer les fautes, les répétitions, les lourdeurs etc… De plus, dans le cadre des ateliers d’écriture créative, ou d’évènements rassemblant des auteurs, j’ai pris l’habitude de lire mes textes au public. J’aime l’idée de pouvoir partager facilement ce que je produis avec les participants. Et c’est aussi le moyen d’y ajouter une intonation, de se laiser submerger par une émotion… Même si je suis souvent stressée, que ma voix chevrote, que mon corps entier tremble, au bout d’un moment, j’arrive à me détendre et à me laisser porter par le texte.  D’ailleurs, petite j’adorais lire les histoires à voix haute, pas vous ? 

Ce texte est un fragment d’une nouvelle, intitulée « L’intrus » que j’ai écrite il y a quelques années. Après la lecture je vous expliquerai comment j’en suis venue à écrire ce texte, et comment vous pouvez en créer de tels.  

Lorsqu’elle s’éveilla sur le canapé du salon, Marie, malgré la brume qui engourdissait encore son esprit, entendit qu'il pleuvait. En dépit de la diffusion des meilleurs titres de Fernandel sur Radio Gourmandise, elle s'était assoupie en fin d’après-midi, sûrement à cause du confort du canapé et de la fatigue accumulée lors de cette longue journée de fête. Il était désormais vingt heures au cadran lumineux de l’horloge électrique pendue au mur du salon.   

La journée avait débuté tôt, par une promenade solitaire pour Marie, ruminant de sombres pensées, et par une bataille de polochons pour ses quatre nouveaux amis, rencontrés la veille, et qui l’avaient recueillie chez eux. Marie avait profité de la fraîcheur du jour naissant, avant que ne s’abatte sur elle la canicule de cette fin d'été, pour repenser à son passé. Le visage de sa grand-mère, qui était morte à présent, hantait son esprit, lui rappelant les circonstances tragiques de sa non moins tragique disparition. Elle qui lui répétait toujours: « Tiens-toi droite! Bonne à rien! Traînée! » et autres douceurs après l'avoir enfermée dans le placard ou la cave... C'était sa mort qui avait décidé de l'avenir de Marie, tout comme de son vivant sa grand-mère lui avait dicté ses actes. Mais tout cela n'avait plus d'importance à présent. Et c’est seule que Marie avait marché, marché, et marché encore pour tâcher d'oublier...  

Au bout du compte, lasse de toutes ces futilités, Marie s'était allongée. Malgré les bruits, les cris, elle avait réussi à retrouver le calme des chambres monacales.    

En ce début de soirée l'air était humide et lourd à l'intérieur de la maison. Marie sut, grâce à son don de médium hérité de sa mère trop tôt disparue, qu'un orage se préparait. Cela fut confirmé par la suite par le bulletin météo crachoté par la radio portable, toujours allumée.Toute la journée, le soleil avait brillé sans discontinuer, à tel point qu'on avait dû ouvrir toutes les fenêtres pour ne pas étouffer dans la chaleur de ce mois d'août. Le seul reproche que l'on pouvait faire à la villa, monstre de technologie et d'ingéniosité, c'était de retenir la chaleur. Le fait d'ouvrir les fenêtres avait donc permis de faire circuler le peu d'air en mouvement à l'extérieur.   

Apparemment, les deux couples, Jean-Eudes, Sabrina, Martial et Catherine, rencontrés par hasard la veille, l’avaient abandonnée pour une promenade nocturne. Effectivement, il n'y avait pas un bruit dans la maison. « Ils n'ont sûrement pas voulu s'embarrasser de moi » supposa Marie.  

Cette idée la laissa pensive. Elle lui rappelait que malgré tous ses efforts, ses difficultés à avoir des relations normales avec les autres faisaient d'elle une solitaire, une exclue. Elle avait pourtant cru, l'espace d'une journée, que les quatre sympathiques jeunes gens ne regrettaient pas de l'avoir invitée à passer les quinze prochains jours avec eux. Elle avait pensé que les remarques acides des deux garçons sur sa réserve n'étaient qu'une invitation à la détente ; que les âpres critiques des deux filles sur son look indéfini étaient des conseils pour qu'elle s'améliore et se sente mieux dans sa peau. Mais, malgré leur apparente bonne foi, ils l'avaient laissée seule, alors qu'elle avait tant besoin de compagnie.  

Rassemblant les coussins qu'elle avait jetés à terre durant son sommeil agité de cauchemars, la jeune femme découvrit un magazine.C'était un magazine de tricot datant de mai 1983, proposant les nouveaux modèles de l'hiver. Elle se lança dans la lecture de ce journal, tout à fait insolite dans cette villa opulente. Le patron d'un modèle de pull à torsaderetint un moment son attention.   

A la radio, l'animateur à la voix nasillarde interrompit le programme musical pour annoncer un flash d'information: 

« Nous vous rappelons l'évasion d'un psychopathe de l'asile de Fouilly-les-Bains, dans la nuit d’hier. D'après nos renseignements, il se trouverait toujours dans la région de Poitou-Charentes. N'hésitez pas à signaler à la police tout individu suspect... » 

Ça vous a plu ? Ceci est la première partie, le reste du texte est disponible sur mon site et sur mon compte instagram.  

Mais alors comment j’en suis venu à écrire ce texte ?  

 ’ai rédigé cette nouvelle en 5e , sous forme de rédaction en cours de français. Je remercie d’ailleurs le professeur de français qui nous a donné à faire cet exercice. Il nous avait fait étudier la gradation des émotions, et donné du vocabulaire pour faire monter le suspense. Déjà à cette âge, je dévorais les romans à suspense, et j’étais trèsexcitée à l’idée de me frotter à ce genre pour la toute première fois.  

Je me souviens avoir utilisé de mémoire la maison de mes parents pour me repérer dans les déplacements, et semé çà et là des détails un peu étranges (mon sens de l’absurde était déjà développé à l’époque). Avec l’aide des indications du professeur, le vocabulaire des émotions, les verbes d’actions etc… J’ai volontairement utilisé une gradation dans les émotions (passant de l’étonnement, au doute, à l’effroi). Puis j’ai laissé libre cours à mon imagination déjà débordante, et trouvé facilement une idée pour le rebondissement final, que je vous laisse découvrir dans la suite du récit.  

Par la suite, cette première ébauche est longtemps restée dans un tiroir. Je l’ai relue et retravaillée plusieurs fois, dans l’espoir d’en sortir une copie plus mature, plus travaillée. Je l’ai finalement achevée en 2018 soit… quelques décennies plus tard. J’ai enlevé des références un peu vieillottes, des allusions cocaces mais qui ne faisaient rire que moi, ou bien des bizarreries qui égaraient trop le lecteur. Bien des années après, je suis encore attendrie par ce premier texte, qui, s’il ne paye pas de mine, représente symboliquement le premier récit de fiction que j’ai jamais écrit.  

D’ailleurs, il m’a servi de point de départ pour créer un atelier d’écriture sur le thème du suspense.

Et retrouvez tout le contenu de cet article sur l'épisode 07 du podcast: Passage des histoires

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